Tissus à fleur de peau
Cosmétotextiles. On connaissait le thé taille de guêpe, voici les habits amincissants. Le vêtement du futur se tisse à Tours.

Pantalons amaigrissants, brassières hydratantes, sous-vêtements raffermissants : ce sont là quelques-uns des textiles réunis sous l'appellation « cosmétotextile ». Leur nom même peut prêter à sourire ou rappeler des émissions de téléachat un peu datées qui vantent les vertus de produits miracles. Pourtant le secteur a fait ses preuves, et ses effets sont validés par des contrôles qui s'assurent de la qualité des matières premières autant qu'ils testent la formulation cosmétique, la tolérance, la résistance aux lavages... Lesdits vêtements sont élaborés par technique de micro-encapsulation. Des capsules de polymères, plus communément appelées « microcapsules », fixées au tissu, libèrent leurs agents actifs (caféine, karité, amande douce, aux effets amincissants, hydratants, tenseurs, etc.) au contact de la peau. Elles conservent ces principes actifs après un certain nombre de lavages-une vingtaine en moyenne à une température de 30 degrés. En février 2006, la Cosmetic Valley présente son programme de recherche cosmétotextile qui est retenu comme pôle de compétitivité et bénéficie de financements dans ce cadre. Ses objectifs : la conception et la mise au point de protocoles et méthodes scientifiques pour l'analyse des cosmétotextiles, la recherche de nouveaux procédés de micro-encapsulation et de nouveaux actifs cosmétiques.
Label.
Le projet, dont le montant s'élève à 3,1 millions d'euros, réunit quatre partenaires. Le Labo C&T (Laboratoire européen de recherches et d'analyses cosmétotextiles) analyse les propriétés des articles et effectue des contrôles de qualité. Le laboratoire Spincontrol est spécialisé dans la proposition de protocoles sur mesure dans les domaines de la tolérance et de l'efficacité. L'entreprise RBC Blondel, basée à Rouen, oeuvre à la production de microcapsules, l'ennoblissement et la fixation des capsules sur textile. L'université François-Rabelais, enfin, a créé deux postes d'ingénieur de recherche à temps plein au sein du labo de chimie organique pour mener à bien le projet. Pour Loïc Vaillant, son président, « l'université et ses partenaires sont à la pointe dans ce domaine. Chacun se retrouve dans ce cercle vertueux : la recherche finalisée est extrêmement valorisante, mais elle renvoie également à d'autres questions plus fondamentales et alimente la recherche en amont ».
Fructueuse, la collaboration entre les secteurs public et privé a abouti à la mise en place d'une réglementation composée d'une cinquantaine de critères pour l'attribution d'un label « cosmétotextile ». « Elle devrait être publiée au printemps prochain », assure Patrick Beau, président du Labo C&T.
« texticaments ».
Autre objectif avoué par tous les acteurs, la diversification des procédés. « On peut désormais imaginer l'utilisation des techniques à des fins médicales, en dermatologie, dans le traitement de l'eczéma par exemple », explique Patrick Beau. Certains laboratoires de recherche intégrés aux entreprises se penchent sur l'élaboration future de « texticaments ».
Le secteur est porteur : les consommatrices se laissent séduire (les femmes sont bien plus nombreuses que les hommes à opter pour les vêtements « intelligents »), et les industriels surfent sur la vague. Après Dim, qui joua les précurseurs mais abandonna vite le créneau, d'autres marques proposent des articles ponctuellement. Un tee-shirt amincissant chez Damart, un tee-shirt rafraîchissant chez Decathlon, un carré parfumé chez Hermès. D'autres entreprises se sont entièrement spécialisées en la matière : c'est le cas de Lytess ou de Skin'Up, toutes deux basées en Touraine.
Tours est indéniablement en première ligne en la matière. Recherche, entreprises spécialisées, rassemblements professionnels : après un congrès cosmétotextile en mai 2008, la ville accueillera un nouveau congrès cosmétique et sensoriel en juin prochain